"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 25 septembre 2016

L'Ami de Dieu/上帝的朋友 [61]


Sous l'Autre Soleil
Tout s'éclaire et se comprend
En belle évidence
Haïjin Pravoslave


FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX



12/25 septembre
14ème dimanche après la Pentecôte,
avant l’Exaltation de la Croix

Clôture de la fête de la Nativité de la Très sainte Mère de Dieu ; saint Autonome, évêque en Italie, martyr en Bithynie (313) ; saint Julien, prêtre, martyr en Galatie avec ses 40 compagnons (IV) ; saint Théodore d'Alexandrie, martyr (IV); saint Cornutus, évêque de Nicomédie, martyr (III) ; saint Sacerdos, évêque de Lyon (552) ; saint Bassien, moine de Tiksen (Vologda) (1624) ; saint Athanase de Serpoukhov (1395) ; translation des reliques de saint Syméon de Verkhotourié (1704) ; saint néo-martyrs de Russie : Théodore (Lebedev), Jean (Proudentov), Nicolas (Jitov), prêtres, Alexis (Vorochine) (1937).

Lectures : Dimanche avant l’Exaltation de la Croix ; Gal. VI, 11–18. Jn. III, 13–17. Dimanche : II Cor. I, 21 – II, 4. Мatth. XXII, 1–14. Fête de la Mère de Dieu: Phil.. II, 5–11. Lc. X, 38–42; XI, 27–28.
VIE DU SAINT HIÉROMARTYR AUTONOME[1]

S
aint Autonome était évêque en Italie, quand éclata la violente persécution déclenchée contre les chrétiens par l’empereur Dioclétien (vers 303). Pour échapper aux recherches, il s’enfuit d’Italie et se réfugia dans un village de Bithynie appelé Soréoi. Il y fut accueilli par un fidèle du nom de Corneille. Après y être resté un certain temps, il décida d’y bâtir une chapelle dédiée à l’Archange Michel et il ordonna Corneille diacre. Lui ayant laissé le soin de la chapelle et des fidèles qui s’y réunissaient, Autonome partit pour la Lycaonie et l’Isaurie, afin d’y répandre la parole de Dieu. Il revint ensuite en Bithynie et ordonna Corneille prêtre. C’est alors que l’empereur Dioclétien se rendit à Nicomédie, furieux contre les chrétiens, que les persécutions ne réussissaient pas à décourager, et en particulier contre Autonome, dont la renommée s’étendait partout. Une fois de plus, le bienheureux prit la fuite, et alla évangéliser les villes qui se trouvaient sur les rives de la Mer Noire.

Au bout de quelque temps, il revint vers Corneille pour le consacrer évêque. Infatigable, il se rendit dans l’ouest de l’Asie Mineure pour y déraciner l’idolâtrie et y affermir les germes de la foi. Puis il retourna à Soréoi et s’installa dans un village voisin, dont il convertit et baptisa en peu de temps les habitants. Ces néophytes, pleins de zèle pour la foi, voyant les païens continuer d’offrir leurs sacrifices aux idoles, se précipitèrent un jour vers le temple des idoles et en renversèrent toutes les statues. Décidés à se venger, les païens attendirent que le saint évêque vienne célébrer les saints Mystères dans la chapelle de Soréoi. Ils envahirent alors l’église et massacrèrent tous ceux qui se trouvaient à portée de leur main : d’aucuns à coups de pierres ou de bâtons, d’autres au moyen de toute arme trouvée sur place. Quant au bienheureux Autonome, ils le tuèrent tandis qu’il se tenait devant le saint Autel, de sorte que c’est sa vie même qu’il offrit en sacrifice, à l’imitation de notre Seigneur. Quelques fidèles, qui avaient été épargnés, purent ensevelir son corps, lequel demeura exempt de corruption. Il était vénéré dans une église bâtie à cet endroit.
Tropaire du dimanche du 5ème ton
Собезнача́льное Сло́во Oтцу́ и Ду́xoви, отъ Дѣ́вы ро́ждшeecя на спасéнie на́ше, воспои́мъ вѣ́рніи и поклони́мся, я́ко благоволи́ пло́тію взы́ти на крéстъ, и cмéрть претерпѣ́ти, и воскреси́ти умéршыя сла́внымъ воскресéніемъ Cвои́мъ.
Fidèles, chantons et adorons le Verbe coéternel au Père et à l’Esprit, né d’une Vierge pour notre salut : car il Lui a plu, en Sa chair, de monter sur la croix, de subir la mort et de relever les défunts par Sa glorieuse Résurrection !


Tropaire de la Nativité de la Mère de Dieu, ton 4
Рождество́ Твоé, Богоро́дице Дѣ́во, ра́дость возвѣсти́ всéй вселéннѣй: изъ Тебé бо возсiя́ Со́лнце Пра́вды, Христо́съ Бо́гъ нашъ, и, разруши́въ кля́тву, дадé благословéнiе, и, упразди́въ смéрть, дарова́ на́мъ живо́тъ вѣ́чный.
Ta nativité, Vierge Mère de Dieu, a annoncé la joie à tout l’univers, car de toi s’est levé le Soleil de Justice, le Christ notre Dieu, qui, en détruisant la malédiction, nous a donné la bénédiction ; en abolissant la mort, Il nous a donné la vie éternelle.


Kondakion du dimanche du 5ème ton
Ko а́ду Спа́сe мо́й, coшéлъ ecи́, и врата́ сокруши́вый я́ко всеси́ленъ, умéршиxъ я́ко Созда́тель coвоскреcи́лъ ecи́, и cме́рти жáло сокруши́лъ ecи́, и Aда́мъ отъ кля́твы изба́вленъ бы́сть, Человѣколю́бче. Тѣ́мже вси́ зове́мъ : спаси́ на́съ, Го́споди.
Ô mon Sauveur, Tu es descendu aux enfers, brisant ses portes comme Tout-Puissant; et avec Toi, Créateur, Tu ressuscitas les morts, brisant l’aiguillon de la mort et libérant Adam de la malédiction, ô Ami des hommes ! Aussi, tous nous Te clamons : Seigneur, sauve-nous!

Kondakion de la Nativité de la Mère de Dieu, ton 4
Iоакíмъ и Áнна поношéнiя безча́дства и Ада́мъ и Éѵа отъ тли́ смéртныя свободи́стася, Пречи́стая, во святѣ́мъ рождествѣ́ Твоéмъ. То́ пра́зднуютъ и лю́дiе Твои́, вины́ прегрѣшéнiй изба́вльшеся, внегда́ зва́ти Ти́ : непло́ды ражда́етъ Богоро́дицу и пита́тельницу жи́зни на́шея.
Joachim et Anne ont été délivrés de l’opprobre de la stérilité, et Adam et Ève  de la corruption de la mort, ô Immaculée, en ta sainte nativité ; c’est elle que fête également ton peuple libéré de la condamnation pour ses péchés, en te criant : « La stérile met au monde la Mère de Dieu, la nourricière de notre vie ».
Au lieu de « il est digne en vérité », ton 8
Велича́й, душé моя́,  пресла́вное рождество́ Бо́жiя Ма́тере.
Чу́жде ма́теремъ дѣ́вство, и стра́нно дѣ́вамъ дѣторождéнiе: на Тебѣ, Богоро́дице, обоя́ устро́ишася. Тѣ́мъ Тя́ вся́ племена́ земна́я непреста́нно велича́емъ.
Magnifie, ô mon âme, la très glorieuse nativité de la Mère de Dieu.
Étrangère est aux mères la virginité et inconnue des vierges est la maternité. En Toi, Mère de Dieu, l’une et l’autre furent réalisées. C’est pourquoi toutes les tribus de la terre ne cessent de Te magnifier.

HOMÉLIE DE ST JEAN CHRYSOSTOME SUR L’ÉPÎTRE DE CE JOUR
Beaucoup en effet répètent qu'ils se repentent de leurs péchés, mais ils n'accomplissent aucun acte de pénitence ; ils jeûnent, il est vrai ; ils sont modestes dans leurs vêtements,  mais ils ont plus soif de richesses que les usuriers; leur colère surpasse celle des bêtes féroces; la médisance leur cause plus de plaisir qu'à d'autres les éloges. Est-ce là une pénitence? Non, c'est l'ombre , c'est l’apparence du repentir, ce n'est point le repentir. C'est pourquoi il est bon de leur adresser les paroles de l'apôtre : Prenez garde de vous laisser circonvenir par Satan; car nous n'ignorons point ses pensées. Il sait perdre, ceux-ci par le péché, ceux-là par la pénitence, en les empêchant de retirer aucun fruit de leur repentir. Il ne peut y réussir par un chemin direct; il prend un chemin détourné; il redouble la fatigue et enlève les fruits; il persuade que tout est fait et qu'on peut négliger ce qui reste encore. Prenons donc garde que notre pénitence ne soit frappée de stérilité. Que de femmes font ainsi pénitence ! Adressons-leur cette courte exhortation, car elles eu ont un besoin tout spécial. Oui, c'est une bonne chose que de jeûner, que de coucher sur la terre, que de mettre des cendres sur sa tête ; mais à quoi sert tout cela, s'il ne s'y joint autre chose? Dieu n'a-t-Il pas fait voir à quelle condition Il pardonne les péchés? Pourquoi donc abandonner cette voie pour en suivre une autre? Autrefois les Ninivites péchèrent, et ils firent ce que vous faites maintenant; mais quel avantage en retirèrent-ils? Les médecins ont recours à mille remèdes différents; mais la prudence veut que l'on se demande non pas quel remède a été employé, mais quel effet ce remède a produit. Il faut en agir de même après que l'on a péché. Qu'y eut-il donc de vraiment avantageux pour ce peuple barbare.? Ils jeûnèrent, ils couchèrent sur la dure, se vêtirent de sacs, répandirent la cendre sur leurs têtes, ils poussèrent des gémissements: mais aussi, ils changèrent de conduite. Parmi nous ces remèdes, quel fut le remède efficace? Comment le savoir, direz-vous? Si nous allons trouver le Médecin et que nous L'interrogions, Il nous le dira volontiers. Ou plutôt Il nous épargne la peine de le Lui demander, et Il nous mentionne dans Ses, écrits, le remède qui sauva les Ninivites. Quel est donc ce remède ? « Dieu vit que chacun avait quitté ses voies perverses, et Il se repentit de les avoir menacés de si grands malheurs ». (Jon. III, 10.) L'Écriture ne dit pas : Il vit leur jeûne, leurs cilices, la cendre répandue sur leurs têtes. Ce que je dis, non pour déprécier le jeûne, à Dieu ne plaise; mais pour vous exhorter à vous abstenir de toute espèce de vices; ce qui vaut mieux encore que de se priver de nourriture. David, lui aussi, commit de grands péchés : voyons comment il en fit pénitence: Trois jours il resta assis sur la cendre. Ce n'était point pour expier son crime qu'il en agissait de la sorte; mais il manifestait par là cette douleur où la mort de son fils avait plongé sort âme. Quant à son crime, il l'expia d'une autre manière, c'est-à-dire, par l'humilité, par la contrition, par la componction du cœur, par la résolution de ne plus le commettre de nouveau, d'en garder perpétuellement le souvenir, de souffrir avec joie toutes les adversités, de pardonner à ses ennemis, de ne point se venger par lui-même ou par d'autres. Séméi l'accablait d'outrages, et un général s'indignait de l’entendre. Mais que disait le saint roi? « Laissez-le me maudire, c'est Dieu qui le lui commande». (II Rois, XVI, 10.) Il avait le cœur contrit et humilié; et voilà ce qui surtout purifiait son âme. C'était là en effet avouer sa faute et s'en repentir. Si tout en jeûnant, nous demeurons orgueilleux, non seulement le jeûne ne nous sert de rien, mais encore il nous est nuisible. C'est pourquoi, vous aussi, soyez humbles, pour que Dieu vous attire vers lui : « Car Dieu est auprès de ceux qui ont le cœur brisé ». (Ps. XXXIII, 19.) Ceux qui habitent de splendides palais, après s'être eux-mêmes déshonorés par le péché, se laissent outrager sans résistance par les derniers de leurs. serviteurs; ils souffrent sans se plaindre, parce qu'ils se sont eux-mêmes couverts d'infamie par leurs péchés. Agissez de même : on vous accable d'injures; ne vous irritez point, mais poussez des gémissements, non point à cause de l'outrage que l'on vous fait, mais à cause de ce péché qui vous a plongés dans l'infamie. Gémissez sur votre péché, non pas à cause des peines que vous avez encourues ; ces peines ne sont rien; mais parce que vous avez offensé Dieu; un Dieu si bon, si plein d'amour pour vous, si désireux de votre salut, qui n'a pas craint d'immoler Son Fils pour vous. Gémissez donc et ne cessez point de gémir; par là, vous confesserez votre péché: Ne passez pas de la joie à la tristesse, et de la tristesse à la joie; mais persévérez dans votre douleur et dans votre repentir: «Bienheureux ceux qui pleurent », dit l'Écriture. (Matth. V, 5.) C'est-à-dire, bienheureux ceux qui ne cessent de pleurer. Pleurez donc sans cesse, veillez sur vous-mêmes, brisez votre coeur, affligez-vous comme si vous aviez perdu votre propre fils. «Déchirez vos cœurs », dit l'Écriture, « et non point vos vêtements ». (Joel, II, 3.) Ce qui a été déchiré ne peut se redresser; ce qui est broyé ne peut se relever: Aussi l'Écriture dit-elle : « Déchirez », et encore : « Dieu ne méprisera pas un cœur contrit et humilié ». (Ps. L, 19.) Vous êtes philosophe; vous êtes riche, vous êtes puissant, n'importe; brisez votre coeur, et ne lui permettez point de s'enfler d'orgueil et de jactance. Ce qui est déchiré ne peut s'enfler. S'il y a lieu encore à quelque élévation, du moins le gonflement se trouve désormais impossible. Appliquez-vous donc à la modestie et à l'humilité. Rappelez-vous qu'une seule parole suffit pour justifier le publicain. Et encore n'était-ce point précisément un acte d'humilité, mais plutôt le sincère aveu de ses péchés. Or, si tel fut l'effet de cette confession, quel ne sera pas celui de l'humilité? Pardonnez volontiers à ceux qui vous auront offensés; vous obtiendrez ainsi la rémission de vos fautes.


[1] Tiré du Synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos Petras.

Evêque Longin

Première partie d'un merveilleux film de Mikaïl Chadrine sur l'évêque ukrainien Longin, autrefois père Mikhaïl, supérieur du monastère qu'il a fondé à la frontière de la Roumanie et de l'Ukraine. Providence des orphelins, un homme lumineux qui ne fait que du bien autour de lui.

samedi 24 septembre 2016

Prendre ou recevoir la Sainte Communion?




En tant que chrétiens orthodoxes, nous savons que le sacrement de la Sainte Communion joue un rôle extrêmement important dans notre vie spirituelle. Si nous prenons un moment pour réfléchir à notre participation à ce sacrement, nous devons réaliser que nous ne "prenons" pas la communion, mais au lieu de cela, nous la "recevons."

Au début, il peut sembler qu'il n'y a pas vraiment de différence entre "prendre" et "recevoir." Cette différence peut être plus claire, cependant, si nous reconnaissons que l'Eucharistie est un don. Nous ne parlerions pas de prendre un cadeau d'anniversaire de quelqu'un, mais plutôt, nous le recevoir de lui.

La Sainte Communion est un don que le Christ, en Se sacrifiant, nous a donné. C'est le précieux Corps et Sang de notre Sauveur qu'Il nous présente comme une expression de Son Amour incroyable pour nous. Le Christ nous donne une partie de Lui-même, comme un don pour que nous puissions nous rapprocher de Lui. 

En tant que chrétiens orthodoxes, nous œuvrons à devenir un avec Dieu. Avoir le Corps et le Sang de Jésus-Christ en nous, nous aide à atteindre cet objectif. Cela nous permet de cheminer vers le salut dans le Royaume des Cieux.

Sachant ces choses, nous pouvons voir combien il est important pour nous de recevoir la Communion. En outre, si nous sommes prêts à recevoir, nous devons également agir de manière appropriée lorsque nous abordons le Calice. Ce n'est pas un temps pour rêvasser ou plaisanter, mais un moment de respect et de prière. Au cours de la Liturgie, le prêtre dit: "Avec crainte de Dieu, foi et amour, approchez." En entendant ces mots, nous devons garder à l'esprit notre crainte de la grande puissance de Dieu, notre foi en Jésus-Christ, et notre amour pour l'autre.

Lorsque nous assistons à la Divine Liturgie, il est essentiel que nous soyons au courant de ce qui se passe. Le Christ nous donne le plus grand cadeau que le monde ait jamais connu. Il se partage Lui-même avec nous, afin que nous puissions parvenir à la vie éternelle avec Lui. 

La Sainte Communion n'est pas quelque chose que nous pouvons simplement prendre, mais c'est le don de la vie que nous sommes appelés à recevoir de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

L'Ami de Dieu/上帝的朋友 [60]


Va vers le Royaume
En conservant le Saint Nom
Au creux de ton cœur
Haïjin Pravoslave




vendredi 23 septembre 2016

Le père Basile Pasquiet : la Russie m’apparaît comme l’arche de Noé dans laquelle la civilisation chrétienne trouvera son salut.



Il y a vingt deux ans, ayant acheté un billet sans retour, le père Basile, moine du monastère gréco-catholique saint Jean-Baptiste de Jérusalem, est arrivé de France en Russie, trouvant en elle sa deuxième patrie. En décembre 2009, après presque 14 ans de service dans les églises d’Alatyr, il devient le supérieur du monastère de la Sainte Trinité à Tcheboksary. 

Père Basile, quelles sont pour vous les pires difficultés d’un pasteur dans la direction d’une communauté monastique ? 

Je dirais que le pasteur doit être lui-même un croyant. Pas un religieux mais un croyant. La première image du pasteur est Abraham. C’est un chef de famille, il est responsable de dizaines d’hommes et du bétail, ce sont d’énormes caravanes qu’il faut conduire dans des régions dangereuses, des lieux inconnus, et dans le désert en plus. Et il était justement croyant. Il croyait dans la parole de Dieu. On lui avait dit d’aller et il allait. Et le pasteur doit être comme Abraham : ne pas avoir peur et conduire son peuple à Dieu. Le plus difficile et le plus important, c’est d’être soi-même ce flambeau. Même si tu n’as pas d’expérience, si tu es vraiment croyant… Le Seigneur est à tes côtés. Si on l’appelle, il vient. Nous allons vers lui, il vient à nous. Et si nous nous éloignons de lui, ne le regardons pas… eh bien nous sommes libres. Tu ne veux pas aller dans la lumière, marche, dans les ténèbres. Et s’il n’y a pas de lumière, s’il n’y a pas de phare devant nous, on peut se perdre et c’est dangereux. Un prêtre doit être pareil à un phare. J’ai grandi près de la mer. Il y avait des phares. Nous aimions, le soir, écouter la mer, qui est comme un être vivant. Et ces phares… Ils nous montrent où aller. Et le prêtre doit être pareil. Et même, chaque croyant doit être un phare, car nous sommes entourés de beaucoup d’incroyants, ou de gens qui en réalité ne savent rien. Eh bien, la Pâques. Qu’est-ce que c’est pour nous, la Pâques ? Les œufs, la bénédiction des koulitchs et c’est tout. Seulement des rituels. Et Noël, l’étoile et tous ses rituels. Ils sont peu nombreux à connaître l’essentiel de l’affaire. Il faut prendre un rameau de saule pour le dimanche des Rameaux et le garder toute l’année, mais quel en est le sens ? Garder un rameau, et se comporter comme un traître? Si l’on demande sais-tu qui est le Christ, recevoir la réponse de Pierre : « Je ne connais pas cet homme… » Nous sommes en principe croyants, en principe baptisés, nous nous nommons croyants, et quand vient le moment de montrer que nous le sommes, nous refusons. Il y a beaucoup de situations dans la vie où il faut dire : je suis chrétien. On vous convie à une manifestation, par exemple, et au même moment, il y a l’office à l’église. Le croyant ira plutôt par faiblesse à la manifestation mondaine, autrement, on pourrait le punir. Il craint plus la punition humaine que celle de Dieu. En de tels moments, le chrétien doit se révolter et dire « non ». Il faut prendre exemple sur les apôtres et les premiers martyrs, qu’on obligeait aussi à s’incliner devant les idoles et le gouvernement, et ils disaient « non, nous avons un autre Dieu ». Et ils persuadaient leurs persécuteurs. Par exemple notre métropolite (Barnabé), combien de fois n’a-t-il pas convaincu ses persécuteurs par la fermeté de sa foi : « Non, je n’irai pas, j’irai à l’église ». Et on le respectait en voyant qu’il était croyant. Et si l’on nous menace et nous obéissons et allons où l’on nous le dit, alors cela veut dire qu’on nous a traités comme un troupeau, du bétail et non des êtres raisonnables. Parfois, par paresse ou tristesse, il nous est plus facile de trouver quelqu’un qui le fera à notre place. Par exemple, on commande une action de grâce. On commande et on va plus loin. Cela n’est pas bien. Je considère que si quelqu’un lit l’action de grâce lui-même, avec foi, c’est peut-être plus efficace que si le lit pour lui quelque prêtre. Ici, il faut le faire soi-même, soi-même… Etre croyant, prier, se repentir. Qu’est-ce que le repentir ? C’est le retour à une vie juste, à une juste façon de vivre, à une purification. Quand nous vivons dans la boue, notre âme est sale. Il faut se purifier, parfois il faut se donner beaucoup de mal. Si on reste longtemps sans laver le linge, il faut ensuite frotter plus fort. Il faut parfois utiliser les grands moyens, parfois il faut faire bouillir. Battre avec des battoirs, comme autrefois. Dans la vie spirituelle, c’est pareil: si on veut obtenir quelque chose, il faut se donner du mal. Le début du succès, c’est le désir. Mais s’il n’y a pas d’exigence, on ne peut pas se forcer.

On construit maintenant chez nous beaucoup d’églises, on restaure ce qui a été détruit à la période soviétique. A votre avis, est-ce un témoignage suffisant d’une renaissance de la tradition spirituelle ? 

Oui, je considère que c’est une renaissance. Il y a un bon signe : ces trois dernières années, pour le 9 mai, a lieu le défilé du Régiment Immortel. C’est une si bonne idée ! Que Dieu sauve celui qui l’a eue ! Que de gens cela a-t-il émus ! Et pas seulement en Russie, mais cela a lieu même à Paris, et les Russes ne sont pas les seuls à y avoir participé. Je considère que de tels moments sont décisifs. Ils peuvent changer le destin d’un peuple. En voyant de telles choses en Russie, j’ai compris que nous étions sur la bonne voie, sur celle de la renaissance. Les gens le font de leur propre volonté, personne ne les paie. Ils commencent à s’informer sur leurs parents : où ils ont péri, où ils ont combattu. En France, on ne se souvient pas si bien du destin de nos ancêtres. Quand j’étais jeune, j’allais aussi à la flamme Immortelle du 8 mai. Il y a encore là bas le jour de commémoration des victimes de la première guerre mondiale, en septembre. Il y avait des marches, des parades, nous y allions, mais le caractère de toutes ces manifestations était plutôt triste, sans joie. Nous voyions des vétérans, mais la jeunesse et les enfants n’allaient pas leur offrir des fleurs. Ils ne leur disaient pas : « Merci, grand-père ! Tu nous a donné la vie et la liberté ! » Et en Russie, j’ai été choqué, au bon sens du terme, par ces fêtes de mai. Je ne pense pas que ce soient là les restes des obligations soviétiques. C’est une bonne tradition familiale. Je soutiens entièrement ce mouvement. 

Vous avez plus ou moins dit qu’en France peu de gens allaient à l’église, que la majorité n’était catholique que de nom. Et chez nous ?

En France et dans les pays d’Europe, en général, les gouvernements occupent en partie une position antireligieuse anticatholique. Cela a commencé avec la révolution française et cela s’est poursuivi au XX° siècle, quand on a fermé à nouveau les monastères et les écoles religieuses. Les églises sont devenues la propriété de l’état. Et maintenant, c’est la même chose. Pourtant, l’Europe, comme la Russie, a été formée par les valeurs chrétiennes. Si l’on se souvient de l’histoire, ce sont justement les moines qui travaillaient dans les écoles religieuses, justement eux qui ont créé la culture. Et maintenant, ils renient tout cela et veulent le détruire… Mais en Russie, cela n’est pas comme ça. Elle m’apparaît comme l’arche de Noé dans laquelle la civilisation chrétienne sera sauvée. Mais dans l’ensemble, le catholicisme, c’est un accident de l’histoire de l’Eglise. Un accident, la voiture est sortie de la route et s’est écrasée. Mais une voiture doit rester sur la route, il faut l’y remettre. Je suis chrétien de naissance, baptisé au non de Père, du Fils et du Saint Esprit. C’est vrai, j’appartenais à l’Eglise catholique, mais cette Eglise fut autrefois orthodoxe, avant le schisme. Je dirais que je suis maintenant revenu à mes racines. Ce n’est pas quelque chose de nouveau chez moi, ce retour aux sources. Je suis comme ces gens qui étudient qui étaient leurs ancêtres. Et oui, j’ai envie de vivre comme vivaient mes ancêtres. Et non seulement pour moi, je n’ai pas seulement reçu l’orthodoxie et terminé, j’ai envie que les autres aussi se mettent à retourner à leurs racines. 

Peut-on parler d’une consolidation des positions orthodoxes en France ? 

Oui, on construit maintenant, près de la tour Eiffel, une église orthodoxe, avec cinq coupoles dorées. Ce sera comme un phare que l’on pourra regarder. On répare des églises à Nice et à Paris, au sud et au nord. C’est le gouvernement russe qui le fait. 

Votre première formation professionnelle est liée à l’agriculture. Ces connaissances vous ont-elles servi ici, en Russie ? 

Eh bien un peu, quand je vivais au village. En France, autrefois, j’ai travaillé parfois quatorze heures d’affilée sur un tracteur au moment des moissons. En Israël aussi… Et ici, il m’est arrivé in cas intéressant dans le district de Nikoulino Poretski. La maison où nous vivions se trouvait non loin de l’église et de la poste et à côté, près de la route, se trouvait la maison de la mère Anna qui avait trois chèvres blanches. Je vois qu’elles ont du mal à marcher : les sabots longs, le poil terne. Visiblement, elles mangent mal, elles sortent sans joie. Je demande : « Mère Anna, as-tu des ciseaux ou un sécateur ? Permets-moi de t’aider. » Elle a accepté, bien qu’elle eût des doutes au début, comment sais-tu ce qu’il faut faire. J’ai coupé les sabots de toutes les chèvres et elles ont commencé à danser de joie. La mère Anna a vu cela et m’a appelé un thaumaturge. Eh bien oui, un miracle, c’est quand il y a de l’étonnement et de la joie. Ensuite, la nouvelle s’est répandue dans le village et je suis devenu « thaumaturge ». 
J’ai appris dernièrement que notre fameux monastère de Valaam s’était lancé dans la fabrication de fromages. N’avez-vous pas pensé à mettre en œuvre votre expérience de fromager ? Peut-être pas pour que le monastère en produise, mais en coopération avec quelqu’un… 
Je m’occupais de cela en Israël, oui. J’ai même formé quelqu’un qui en fait depuis vingt ans. Mais ici, cela ne s’est pas trouvé. Ici, il faut s’occuper d’autre chose. Pas faire de fromage mais restaurer la foi. Maintenant, ce n’est pas au centre de mes projets mais peut-être, qui sait…

Père Basile, qu’est-ce qui vous console, dans la vie ? qu’est-ce qui vous procure de la joie ? 

Quand les gens viennent à Dieu. Quand quelqu’un change sa vie pécheresse. Quand on amène les enfants au baptême. On sait alors en effet, que l’enfant ne sera pas abandonné, que les parents transmettront leur foi. Quand le bien triomphe. Voici, dans notre monastère, dans le bâtiment du séminaire orthodoxe épiscopal, nous avons l’école du dimanche « le flambeau ». Les enfants y sont gentils, et chaque année il en vient davantage. Et pas seulement des enfants, mais des adultes. Je surveille cela et vois qu’il y a là de bons éducateurs. Nous sommes en relation et échangeons des conseils. Il faut aussi éduquer les enfants, leur rappeler pourquoi ils sont venus au monde. J’explique comment on m’a élevé : dans la sévérité et le bien. Parce que si on n’est pas sévère, on ne souhaite pas le bien. Comme on dit dans la Bible, celui qui aime le plus ses enfants est celui qui les châtie le plus. Mais la punition doit précisément corriger, il faut expliquer la nature du danger. Mais pas seulement dire que ce n’est pas bien, mais aussi punir. Peut-être symboliquement mais il le faut. 

Vous considérez comme votre parrain le père Tikhon Chevkounov, connu entre autres pour son livre « le père Raphaël et autres saints de tous les jours » (éd. des Syrtes). N’avez-vous pas pensé à écrire sur votre expérience spirituelle ?
Eh bien, je ne sais pas écrire, et en outre, je considère que pour moi, c’est trop tôt. Je viens juste de commencer à vivre, quand ma barbe s’est mise à blanchir un peu. Avant, c’était l’enfance, la préparation. Pour l’instant, nous en sommes encore au labour. 

Vous ressentez-vous comme un pont original entre deux cultures ?

Eh bien maintenant, j’ai poussé des racines dans la terre tchouvache. Ici, la terre est bonne, els racines poussent vite. Je ne suis pas retourné sur ma terre natale depuis déjà cinq ans et à voir ce qui se passe en France, je comprends que je suis parti à temps. Je n’aurais probablement pas supporté et serais devenu fou. Et je ne veux pas y retourner. Ma vie est ici. Je sais qui regarder et à qui m’égaler. Voici notre monseigneur… A chaque office il dit une homélie. Elles sont simples, mais elles vont directement au cœur. Parfois elles sont sévères parce qu’il nous réprimande, il réprimande les prêtres, mais cela nous pousse à faire quelque chose…Il est particulièrement nécessaire aux jeunes générations, parce qu’il a vécu une très longue vie et on voit qu’il est croyant, qu’il y a en lui une foi vivante. Je considère que tout homme doit être comme monseigneur, alors le destin du monde changera pour le mieux. 

Interview Svetlana Fokina. 
Traduction Laurence Guillon

L'Ami de Dieu/上帝的朋友 [59]


L'amitié des saints
Est le trésor précieux
Qu'offre la prière
Haïjin Pravoslave


jeudi 22 septembre 2016

Les reliques de saint Luc de Simféropol, archevêque et chirurgien, visiteront plusieurs paroisses orthodoxes russes de Suisse



Les reliques de Saint Luc (Voïno-Yasenetsky) visiteront la cathédrale de l’Exaltation-de-la-Sainte-Croix à Genève le mardi 20 septembre à 16 h, où un office d’intercession sera célébré avant les Vigiles. Ensuite, les reliques visiteront les paroisses Sainte-Barbara de Vevey et de la Sainte-Trinité à Berne  jusqu’au lundi 26 septembre, quand elles se dirigeront vers Zürich. Jeudi 22 septembre  et vendredi 23 septembre les reliques resteront dans la cathédrale de l’Exaltation de la Sainte Croix à Genève, où il sera possible de demander des offices d’intercession. Les reliques seront accompagnées par l’archimandrite Gabriel. Rappelons que saint Luc de Simféropol (1877-1961) fut à la fois un archevêque et chirurgien reconnu par la communauté scientifique. Confesseur sous la période soviétique, il a été canonisé en l’an 2000 par l’Église orthodoxe russe et est un grand thaumaturge. On peut trouver ici la traduction française de l’Acathiste qui lui est dédié.