"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

jeudi 19 janvier 2017

Fête de la Théophanie


Iconographe Tudor Petcu: Réflexions sur la vie et sur l'esprit

Tudor Petcu



La leçon la plus importante de la vie: l'homme doit devenir esprit et non pas continuer à vivre comme homme.

Le voyage intérieur le plus important est en fait la prière du cœur.

Nous voulons toujours parler de la relation entre la foi et la raison, mais la foi est la seule raison de vivre.

On ne peut pas trouver la vérité, qui est en fait l'éternité, sans suivre la conscience spirituelle pour dépasser le temps.

La philosophie exprime la sagesse quand elle devient théologie, parce que la sagesse signifie la recherche de la parole de Dieu.

La logique de la création de Dieu est l’amour, mais la logique de la création de l'homme est principalement la lutte pour le pouvoir.

Aucune révolution sociale n’a réussi parce qu’aucune n'a été d'abord une révolution de l'âme.

Le retour à l'innocence sera possible quand l'homme lui-même comprendre le miracle de la sainte simplicité.

Il est difficile de vivre dans ce monde, mais je l'aime parce que ce monde est le voyage vers l'éternité.

Les plus belles choses de la vie ne sont pas vues avec les yeux, mais elles se ressentent avec le cœur. Tel est, de mon point de vue, le message de l'Orthodoxie.

L'icône est la fenêtre vers l'Absolu, mais avant tout elle est la possibilité d'une rencontre réelle entre l'homme et Dieu. L'icône est également l'histoire chrétienne traduite dans un langage figuratif universellement lisible.

Je ne crois pas pour vivre, mais je vis pour croire.

Dans la tradition orthodoxe, vous pouvez certainement trouver et comprendre le drame sacré de la vie.

Peut-être qu'il est difficile d'aimer tout le monde, mais au moins nous pouvons essayer de respecter tout le monde.

L’Orthodoxie nous apprend à faire de la place au cœur, et pas seulement littéralement; donc par le biais de l'Orthodoxie on peut découvrir le monde de l'enfance.

L’Orthodoxie n'exprime pas une philosophie pratique, mais le mystère ontologique, qui est la philosophie du cœur qui nous enseigne d'abord la puissance salvatrice de Dieu.

L'Orthodoxie est universelle, aussi parce qu’elle nous montre la dimension communautaire de vivre ensemble.

L'Eglise orthodoxe a la plénitude parce que dans l'Orthodoxie, il y a la nature cachée de l'homme, mais l'homme doit la redécouvrir.

Je ne peux pas dire que je comprends Dieu si je ne suis pas en mesure de comprendre l'homme à côté de moi, parce que l'homme à côté de moi a été envoyé par Dieu dans ma vie.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après 

Hiérarque Athanasios de Limassol: La sauvegarde de la foi orthodoxe

Despotis Athanasios de Limassol
"Pour ce qui concerne l’idée selon lequel la sauvegarde de la foi orthodoxe authentique n’est assurée seulement que par le système conciliaire qui « constitue le juge désigné et ultime en matière de foi » contient une dose d’exagération et n’est pas conforme à la vérité. En effet, dans l’histoire ecclésiastique, de nombreux conciles ont professé et légalisé des dogmes erronés et hérétiques, tandis que le peuple fidèle les a rejetés et a sauvegardé la foi orthodoxe, faisant triompher la confession orthodoxe. Ni un concile sans le peuple fidèle – le plérôme de l’Église – ni le peuple sans concile des évêques peuvent se considérer comme le corps et l’Église du Christ, et exprimer correctement l’expérience et le dogme de l’Église." 

mercredi 18 janvier 2017

Nouvelles de la Mission de l'Eglise Russe Hors Frontières à Haïti



Martin Luther Paul DUMAIS

Chers amis,
Nous voici en 2017. Je vous transmets tous mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année et vous souhaite la santé, la réussite dans vos projets, et une vie accomplie dans la joie et la sérénité. 

Je voudrais dans ce mail vous donner les dernières nouvelles de notre oeuvre: l’école saint Jean au sud d’Haïti. « La zone où se situe notre église aux Cayes avait le grand besoin d’un centre scolaire compte tenu des dizaines d’enfants qui n’étaient pas encore allés à l’école »,  nous raconte Matushka Rose Legouté, coordonatrice sur le terrain. Notre école effectivement, a ouvert « ses » portes le 28 novembre 2016 à l’intérieur de la petite maison qui sert d’église à la communauté de saint Jean de Shanghaï et de San Francisco dans la ville des Cayes. Ceci, grâce à votre soutien spirituel et moral, grâce à votre disponibilité, grâce à votre charité et votre générosité. Nous avons fait des travaux et acheté le minimum nécessaire grâce à vous. L’école a reçu jusque-là 1378 dollars américains (après déduction des frais de transfert et de change) qui sont intégralement des dons venant de vous, camarades de classe, fidèles de l’Eglise orthodoxe en France, et amis solidaires. Beaucoup a été fait, plus encore reste à faire. Je remercie chacune et chacun de vous. Permettez-moi de citer en particulier la promotion 2012-2017 du 1er Cycle de Théologie de l’Institut catholique de Paris, la Paroisse saint Jean le Théologien à Meudon, le Séminaire orthodoxe russe en France, le Fonds d’Assistance de ROCOR, nos bénévoles en Haïti.  Et l’aventure continue. Nous sommes en train d’offrir un avenir à ces enfants dépourvus de presque tout.  Ils ont entre 3 et 10 ans. Pourtant, ce n’est qu’une école maternelle pour l’instant, selon ce que voulait la communauté elle-même. Voici un grand extrait de la conversation que j’ai eu avec le Lecteur Jonas, l’un de nos deux bénévoles sur place:

Martin: Comment va l’école? 
Jonas: Cela avance bien. L’effectif d’enfants inscrits est supérieur à 40. L’effectif des enfants présents en salle de classe a atteint 33 en décembre.

Quel genre d’enfant fréquentent l’école?
J: Ces enfants sont complètement démunis. Parmi eux, il y en a qui n’ont jamais été à l’école; d’autres auraient 2 ans de perdus sans notre initiative; et d’autres encore avaient commencé à fréquenter un établissement scolaire cette année, mais ont été déjà renvoyés à la maison pour cause de paiement de scolarité. 

Qu’espèrent les parents?
J: D’après plusieurs parents, l’ouverture de cette école est une belle opportunité permettant la scolarisation de leurs enfants. Ils attendent qu’on ne leur lâche pas en chemin puisque d’autres initiatives de ce genre sont souvent prises mais ne réussissent pas à continuer 2 ou 3 ans plus tard. Ils n’aimeraient pas que nous fermions l’école après quelques années. 

Où habitent ces enfants? 
J: Ces enfants viennent de différents quartiers de la ville des Cayes comme Nan Savann (Dans-la-Savanne); Lòtbò Reno (Autre-rive-Reno), site Delma (Cité Delma), Dèyèfò (Derrière-Fort), Kwamati (Croix-Martyrs), Pon Salomon (Pont Salomon). Certains des enfants se lèvent tôt pour venir à l’école en parcourant plus de 1, 5 km à pied. D’autres qui ont 3 ou 4 ans viennent en taxi-motocyclette et repartent à pied. 

Y a-t-il des enfants de la paroisse saint Jean de Shanghaï et de San Francisco à l’école? 
Certaines mamans font partie de la paroisse, d’autres qui l’avaient abandonnée reviennent grâce à l’école. Certains parents que j’ai rencontrés pendant les vacances me demandent: « où est la nourriture que vous avez promis de donner? »

Quelle importance a la cantine pour l’école et les parents? 
J: Cela a beaucoup d’importance. Pour certains enfants, ce sera au jour de cantine, leur collation et leur souper. Déjà à 9h du matin, certains de ces écoliers pleurent parce qu’ils ont faim. L’école est vraiment une école pour les démunis c’est-à-dire pour des enfants dont les parents n’ont pas les moyens d’accorder un plat chaud chaque jour à leurs enfants. 

Les parents travaillent-ils? 
J: Beaucoup font des petits jobs de lessive, de service domestiques, ou bien travaillent au jardin. 

Et toi, que fais-tu? 
J: Moi, j’apprends la couture. 

Et pourquoi les autres inscrits ne viennent  pas à l’école? 
J: Beaucoup ont des problèmes de vêtements.  

Après les vacances de Noël, l’école a repris le lundi 9 janvier 2017. Actuellement, nous comptons lancer une cantine scolaire qui offrira un plat chaud une fois par semaine de classe à ces écoliers. Nous venons de nous procurer un réchaud à gaz propane plus éco-responsable que les réchauds traditionnels à charbon de bois.

Chers amis, plusieurs d’entre vous m’ont conseillé de monter une association afin d’ouvrir un peu plus l’initiative sur le long terme. Cela rejoint d’ailleurs la préoccupation des parents qui veulent la continuité de l’oeuvre et pour qui cette école est leur seul espoir pour la scolarisation de leur enfant. Il s’agit de creuser le pont humain créé entre ces enfants haïtiens et nous en France en établissant des liens pour que l’on connaisse mieux les gens qu’on aide, pour une bien meilleure idée des besoins, et pour recenser les actions ou échanges qui peuvent apporter du sens. Nous générerions alors, en plus des dons, une dynamique sur la base de l’enseignement et du travail. Certains éléments sont déjà là. Quant à moi, je suis prêt à m'y lancer. J'invite chacun de vous donc que cela intéresse à me le signaler et  à prendre part au montage, à l’administration et à la gestion de cette future association. Les enfants défavorisés d’Haïti ont humblement besoin de vous. Haïti, par la Mission orthodoxe, compte véritablement sur nous. 

Enfin, suivez sur Facebook et faites connaitre toutes nous actions dans le social en Haïti depuis le passage de l’Ouragan Matthew en tapant « Initiative de soutien aux Haïtiens » sur Google ou dans la barre de recherche d’amis Facebook.

Vous êtes quotidiennement dans nos coeurs et nos humbles prières. Que le Seigneur Jésus vous rende le centuple!

De coeur à coeur à vous, 


Martin Luther Paul DUMAIS,Séminariste 

SOLIDARITE KOSOVO



Convoi de Noël :
le témoignage de Louis, bénévole de Solidarité Kosovo

Grenoble. Il est dix heures, ce matin du 26 décembre 2016. Alors que beaucoup dorment encore, en ce lendemain de fête familiale, nous sommes déjà réveillés depuis plusieurs heures lorsque nous grimpons dans nos deux véhicules. Aux commandes du véhicule de tête, Arnaud lance le signal du départ de son 12e convoi de Noël. A ses côtés et dans la camionnette de location, sept d’entre nous ont déjà au moins un convoi à leur actif, et une se lance dans son premier voyage.

Pour ma part, c’est avec un peu d’appréhension que je prends le départ de mon deuxième convoi : il y a deux ans, mon premier séjour au Kosovo avait été assez compliqué, la douane s’étant attachée à nous gâcher le convoi en bloquant, pendant plus de quinze jours, le poids-lourd ayant apporté les cadeaux et vêtements que nous devions distribuer. Nous étions donc rentrés en France sans avoir pu livrer ce matériel. Un échec relatif qui n’avait pu que faire grandir en moi la volonté d’aider ses Serbes dont j’avais partagé, pour deux semaines, l’angoisse et l'impuissance.


Le convoi de Noël 2016 s'est frayé un chemin jusque dans les enclaves les plus reculés du Kosovo


Comme chaque année, le trajet – environ 2000 kilomètres à se relayer au volant des deux véhicules – est l’occasion de faire connaissance avec ceux des volontaires que je ne connais pas et de renouer des liens avec ceux avec qui j’ai déjà partagé mon premier convoi. 2000 kilomètres qui passent finalement assez vite, d’abord parce que nous roulons à bonne allure, ensuite parce que les discussions s’enchainent, tour à tour graves et légères, soudant le groupe.

Le 27 décembre au coucher du soleil, soit vers 16h30, nous arrivons enfin à Gracanica, ville divisée entre Albanais et Serbes, où se trouve le monastère qui accueille le bureau permanent de Solidarité Kosovo et l’entrepôt où le poids-lourd a déposé, sans encombre, les douze tonnes de matériel récolté en France par les bénévoles et que nous allons livrer.


Dans l'enceinte du monastère de Gracanica, les bénévoles français et Père Serdjan chargent les véhicules en matériel humanitaire avant les distributions dans les enclaves


Le lendemain matin, après une bonne nuit à l’auberge où nous installons nos quartiers, nous filons au monastère où nous sommes accueillis par le père Serdjan et le diacre Milovan. Nous attendent également les deux responsables d’un hôpital serbe de la région, qui viennent solliciter Arnaud pour qu’il les aide à racheter une ambulance, la leur ayant été volée il y a peu. Puis nous passons à l’ordre du jour : les 28 et 29, nous allons livrer plusieurs dizaines de petits troupeaux ovins dans autant de familles vivant aux alentours de Novo Brdo, à une trentaine de kilomètres à l’Est de Gracanica.

Ces troupeaux se composent d’un bélier, de quatre brebis pleines ou accompagnées d’un agneau. Ils fourniront lait, viande et laine à ces familles et leurs voisins et viendront ainsi améliorer un peu l’ordinaire de ces gens qui, nous le verrons rapidement, vivent dans des conditions difficiles. En effet, ces familles vivent dans des maisons rustiques, au bout de chemins serpentant dans la montagne. Certaines maisons sont si isolées que nous devons finalement renoncer à nous y rendre, par peur de ne pas pouvoir redescendre ces chemins rendus encore plus chaotiques par la neige qui ce jour-là tombe abondamment.


L'entrepôt de Solidarité Kosovo à Gracanica regorge de dons recueillis tout au long de l'année en France


Lors d’une livraison, nous sommes obligés de ratisser la montagne, les moutons, effrayés par le trajet en camionnette, s’égayant dans les prés au lieu de rentrer dans l’enclos préparé pour eux. A part cette aventure qui se finira bien, les cinq animaux étant retrouvés et ramenés à leur nouveau propriétaire, cette première journée se passe sans incident notable. Nous sommes accueillis avec joie par les villageois, dont pas un n’oublie de nous servir la fameuse rakija, alcool traditionnel qu’il convient de boire cul-sec.

Tous, nous sommes à chaque fois surpris par la force et la fierté qui se dégage de ces gens. Chacun, nous avons conscience que notre venue est pour eux une grande source de joie, qui vient illuminer un instant leur vie rendue encore plus difficile encore par les persécutions dont ils sont l’objet. Personnellement, je mets un point d’honneur à toujours accepter le premier verre de rakija avec le sourire, même tôt le matin ou en fin d’après-midi, à jeun : je sais trop que c’est la seule façon qu’ils ont de nous témoigner leur gratitude et de nous remercier, et je ne veux pas leur refuser ce plaisir. Avec le froid qui règne et les efforts que nous fournissons, les effets de l’alcool se dissipent bien vite ; en revanche, la joie de nos hôtes d’un instant, elle, continue aujourd’hui encore de me réchauffer le cœur.


Au petit matin, l'équipe quitte Gracanica les véhicules chargés pour entamer une journée de distribution aux quatre coins du Kosovo


Les livraisons se poursuivent. Toutes les deux livraisons, nous retournons à la ferme que Solidarité Kosovo a aidé à construire et agrandir. C’est là-bas que nous récupérons les moutons que nous livrons. Cette opération rend évident un des grands succès de l’association : cette ferme est un maillon d’une chaîne qui vise à rendre aux Serbes du Kosovo leur autonomie alimentaire. En permettant à de nombreuses familles d’accueillir chez eux un petit troupeau, elle fait un nouveau grand pas dans cette direction. Arnaud me le confie d’ailleurs à l’occasion d’un trajet : « C’est la première fois que nous faisons ça, mais sûrement pas la dernière : à chaque fois que le troupeau de la ferme grandira trop, nous irons distribuer les moutons surnuméraires. Cela permettra de créer autant de mini fermes ovines dans les villages aidés tout en finançant le développement de notre ferme alpine ».


A l'arrivée du convoi humanitaire dans l'enclave, les enfants courent annoncer la bonne nouvelle


Le soir, Arnaud est longuement interviewé par un journaliste très connu au Kosovo et en Serbie. L’interview et un petit reportage sur notre journée de travail passeront au journal télévisé du lendemain matin. Cette présence dans les médias est un autre aspect du travail de SK : elle permet de montrer à tous les chrétiens du Kosovo qu’ils ne sont pas oubliés, même si nous ne pouvons pas tous aller les visiter.

Les distributions reprennent, cette fois-ci dans des villages de la plaine. Si l’isolement est moins prégnant, la misère est parfois encore plus flagrante. Je pense à cette maison, dans la petite cour de laquelle on trouvait deux vaches, un cochon, des poules, en plus des moutons que nous avons apportés, le tout sur une surface tellement petite que notre équipe ne tenait pas en entière dans la cour. Dans un coin, une petite cabane : des toilettes à la turque dont le trou donnait directement dans l’enclos du cochon…

Ce jour-là, nous nous arrêtons également dans une école pour distribuer des cadeaux aux enfants, ainsi que des manteaux et des chaussures. L’occasion pour moi de découvrir ces moments de joie pour ces enfants qui pour la plupart n’auront pas d’autres cadeaux que ceux que nous leur offrons.


Les plus petits des enclaves sont les premiers servis... pour leur plus grande joie!



Après la distribution, le directeur de l’école nous accueille dans son bureau, autour d’un poêle à bois surchauffé… et d’une rakija. Dans les premières années de l’association, Arnaud était passé faire une distribution dans cette école. Au cours de la discussion, le directeur avoue qu’à l’époque, il avait pensé ne jamais revoir Arnaud : « Comme d’autres avant vous, je pensais que vous vous lasseriez au bout d’un an ou deux. Plus de 10 ans après, je vois que vous êtes toujours à nos côtés… » Nous sentons que le directeur comme Arnaud sont émus.

Les distributions étant finies, nous rentrons à Gracanica, où nous attend une tâche ingrate mais non moins fondamentale : la réorganisation des palettes arrivées de France, pour faciliter les distributions des deux jours qui suivront. En effet, nous partons le lendemain matin pour une boucle de deux jours de distributions, avec une halte nocturne au monastère de Visoki Decani, que les donateurs de Solidarité Kosovo connaissent bien : c’est pour le protéger des attaques des Albanais que l’association a érigé une longue muraille tout autour de ses terres il y a maintenant un peu plus de deux ans.


Le sourire de Duchka illumine la grisaille de l'enclave


Le 30 décembre au matin, nous partons donc pour une journée de distributions. Nous faisons d'abord deux étapes : la première au monument commémoratif de la bataille de Kosovo Polje (le Champs des merles - 1389 ), bataille fondamentale dans l'Histoire serbe puisqu'elle marque la fin de l'avancée des forces ottomanes en Europe... et le début de 500 ans d'occupation du Kosovo. Cette visite imprévue est un cadeau que nous fait le père Serdjan : il est assez rare d'y avoir accès en dehors des événements réguliers qui y sont fêtés, et nous avons même l'honneur de pouvoir grimper en haut de la tour qui surplombe le site de la bataille. Le temps de quelques photos et d'un moment de recueillement à la mémoire des braves tombés ici pour défendre l'Europe, nous repartons.

La deuxième étape est au village de Banja, enclave serbe montagnarde vivant grâce aux moulins qu'une source d'eau chaude serpentant entre les maisons entraine. Nous y sommes accueillis par Pajo, un grand ami de l'association. Pendant la guerre du Kosovo, Pajo était traducteur pour les militaires français engagés dans la Kfor. Aujourd'hui, il ne parle plus français qu'avec Arnaud et les volontaires de Solidarité Kosovo. Pour lui, c'est fondamental ; il l'expliquera lors d'une pause, son œil toujours pétillant rendu un peu plus brillant par l'émotion : « Je suis un garçon des Balkans, sans aucun doute ; mais au fond de moi, je suis aussi un peu français ». Il nous accompagnera pendant deux jours, compagnon enthousiaste et agréable, trop heureux d'aider les siens aux côtés des Français.



Le regard doux et reconnaissant de Luka


Suit ensuite une série de distributions, dans plusieurs villages dont j'ai oublié les noms. Toujours les mêmes sourires d'enfants, toujours la même insistance à nous faire accepter un verre, toujours la même joie de tous devant cette parenthèse dans une vie si difficile. Nous jouons au ballon avec les enfants, une partie de frisbee s'improvise même, à l'initiative du père Serdjan, dans la cour d'une école. Nous rions ensemble, essayons d'échanger quelques mots en anglais, à grands renforts de gestes ; la barrière de la langue reste intacte hélas. J'aimerais pouvoir en dire plus, pouvoir réconforter autrement que par ma seule présence, pouvoir assurer de mes pensées régulières pour ce pays et pour ces gens. Je ne le peux pas, alors je souris autant que je peux, je sers des mains, j'accepte des verres... en espérant qu'ils comprennent ma joie d'être là mais aussi ma compassion...


L'éleveur de moutons a accompagné l'équipe française dans la distribution des cheptels


Dans la nuit de Pâques, l’office de Minuit est d’abord célébré. Au cours de la procession de minuit, les fidèles reçoivent des cierges qu'ils viennent allumer dans l'église plongée dans l'obscurité. Le prêtre apparait muni d'une bougie, annonce “Venez prendre la lumière à la Lumière sans déclin et glorifiez le Christ ressuscité d'entre les morts”, puis fait passer la bougie de main en main pour allumer les cierges.


Dans toutes les enclaves chrétiennes desservies, l'hospitalité serbe ne s'est pas démentie


Une procession autour de l'église est alors effectuée, les croyants sont alors munis de la croix et des icônes. Un célébrant reste dans l'église durant la procession (ou la cérémonie devant l'église), ferme les portes d'entrée et est chargée d'allumer tous les cierges et lampes restantes, ainsi que de faire brûler l'encens. La procession arrive devant les portes closes et le prêtre lit le récit de la résurrection, puis encense.



Avec les cheptels d'ovin distribués, Solidarité Kosovo espère créer des mini-fermes familiales dans le prolongement de la chèvrerie inaugurée en 2013


Dans toute cette misère, quelques raisons d'espérer. La plus belle, c'est cette grande école, à l'entrée d'un village desservi uniquement par un mauvais chemin en terre, qui a soudainement remplacé la route d'assez bonne qualité sur laquelle nous avions roulé plusieurs kilomètres. Avant la guerre, elle accueillait 600 élèves. La guerre l'a complètement vidée, en même temps que le village, que tous ont quitté à cause des menaces particulièrement violentes dans cet région du Kosovo, la plus proche de la frontière avec l'Albanie. Puis quelques familles sont revenues et l'école a recommencé à vivre, avec 6 élèves. Aujourd'hui, ils sont 50 élèves et le village continue de voir ses habitants revenir, régulièrement.

Le soir, c'est avec une grande émotion que je découvre, après plusieurs années d'attente, le monastère de Visoki Decani, cœur de l'orthodoxie serbe. Nous y assistons à un office, puis y dinons et y dormons. Le lendemain matin, nous assistons à la messe dans la sublime cathédrale pluri-centenaire, aux fresques magnifiques s'élevant sur tous les murs jusqu'au sommet de la coupole. Les chants des moines résonnant dans cet endroit magnifique et imprégné de l'Histoire douloureuse du Kosovo touchent tous les membres de l'équipe. Après avoir fait nos adieux aux moines et avoir visité la boutique du monastère, nous reprenons la route pour deux nouvelles distributions.


Les maisons chrétiennes éventrées de Métochie portent les stigmates de l'existence des Serbes du Kosovo


Lors de l'une d'elle, deux jeunes hommes viennent discuter avec Arnaud après l'avoir embrassé chaleureusement. Il nous expliquera ensuite que ce sont deux jeunes agriculteurs à qui Solidarité Kosovo a offert au printemps dernier une moissonneuse-batteuse. Ils venaient l'informer que grâce à ce don ils ont pu développer leur ferme et prévoient même d'acheter une deuxième moissonneuse. Là aussi, c'est une grande joie pour Arnaud et pour l'association : cette ferme fait aujourd'hui vivre de nombreuses personnes, par sa production mais aussi par le travail qu'elle offre à certains habitants du village. C'est une autre belle réussite à mettre à l'actif de l'association.

Les distributions finies, nous déposons Pajo chez lui, puis le père Serdjan au monastère de Gracanica. Enfin, nous passons le réveillon à l'auberge, avant de reprendre la route le lendemain matin pour la France. Avec, déjà, l'envie de revenir...




L'équipe de "Solidarité Kosovo"

PS : les personnes souhaitant nous aider peuvent contribuer au développement de nos activités en nous faisant un don. Par chèque à l’ordre de « Solidarité Kosovo », BP 1777, 38220 Vizille ou par Internet en cliquant sur ce lien ci-après:
http://www.solidarite-kosovo.org/fr/dons-en-ligne



PS2 :« Solidarité Kosovo » étant reconnu d’intérêt général, chaque don ouvre droit à une déduction fiscale à hauteur de 66% du montant du don. A titre d'exemple, un don de 100 € vous permet de déduire 66 € sur la somme de vos impôts à payer. Ainsi votre don ne vous coûte en réalité que 34 €.
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Aux Editions du Désert


Vie de Sainte Marie l’Egyptienne (Saint Sophrone /Hiéromoine Nicolas Molinier)

Dans les premiers siècles de la chrétienté, Marie l’Égyptienne, après une conversion radicale, vécut seule au désert durant quarante-sept ans. Dix sept années de purification, de lutte et de pénitence lui rendront sa virginité spirituelle perdue par une vie de débauche dans le monde, avant que la grâce de Dieu ne la mène à la plus haute sainteté.
Cet ouvrage comprend deux parties. L’une retrace la vie et la conduite d’un hiéromoine palestinien, abba Zossima. L’autre s’étend plus largement sur la vie de sainte Marie l’Égyptienne, raconte son histoire et montre comment abba Zossima – qui l’a rencontrée au désert – est transformé à son contact. Composé par saint Sophrone, archevêque de Jérusalem, ce récit décrit le combat spirituel du chrétien, en marque les étapes et en montre les enjeux.

Ainsi que le souligne le hiéromoine Nicolas Molinier qui a traduit et introduit le livre, « depuis la mort de la sainte et jusqu’à nos jours, beaucoup trouvent dans cette confession, mieux qu’un exemple, une assistance. Et cette aide, ce renouvellement de leur courage dans l’élan vers Dieu, les remplit d’étonnement et d’émotion de sorte qu’ils gardent toutes ces choses et les méditent dans leur cœur. »
ISBN 978-2-914857-22-2

mardi 17 janvier 2017

St. Jean de Cronstadt


Lorsque vous avez des pensées agréables dans votre âme, vous vous sentez heureux et calme. Quand il y a de la paix et de la joie dans votre cœur, alors l'esprit du bien, le Saint-Esprit est en vous. 

Lorsque vous êtes empli de mauvaises pensées, alors vous vous sentez déprimé et troublé, l'esprit mauvais et rusé de malignité est en vous.

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Que signifie l'invocation quotidienne des saints, différents chaque jour, pendant toute l'année, et pendant toute notre vie? Cela signifie que les saints de Dieu, qui sont comme nos frères, mais parfaits, vivent et sont près de nous, toujours prêts à nous aider, par la Grâce de Dieu. 

Nous vivons avec eux dans la maison de notre Père céleste, seulement dans différentes parties de celle-ci. 

Nous vivons sur la moitié terrestre, eux dans la moitié céleste; Mais nous pouvons converser avec eux, et eux avec nous. 

Les saints de Dieu sont proches du cœur croyant, et sont prêts, en un instant, à aider ceux qui les invoquent avec foi et amour.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Монах [Le moine]: film sur saint Silouane


lundi 16 janvier 2017

Père Andrew Phillips/Orthodox England: Devenir orthodoxe...


DEVENIR ET RESTER UN CHRÉTIEN ORTHODOXE

Un exposé donné lors d'un pèlerinage Orthodoxe à Felixstowe en août 2001

INTRODUCTION
Nous entendons parfois des gens raconter comment ils en sont venus à rejoindre l'Eglise Orthodoxe. Bien que chaque histoire soit intéressante, et parfois même extraordinaire, je pense que les histoires racontant comment des gens sont restés de fidèles Chrétiens Orthodoxes malgré les tentations seront de plus grande utilité. Comme il est écrit dans l'Evangile: "C'est à votre constance que vous devrez votre salut" (Luc 21,19).

De plus, je n'ai pas intitulé cet entretien "Comment entrer dans l'Eglise Orthodoxe" mais "Comment devenir et rester un Chrétien Orthodoxe." Car rejoindre l'Eglise Orthodoxe ou devenir un membre de l'Eglise Orthodoxe, cela concerne des changements externes, et ce n'est pas la même chose que "devenir un Chrétien Orthodoxe," qui concerne des changements intérieurs. Et rester un Chrétien Orthodoxe est encore plus important, c'est pourquoi j'ai consacré 3 fois plus de temps à cette partie-là qu'à comment devenir Chrétien Orthodoxe.

DEVENIR ORTHODOXE – CONVERSION ET INTÉGRATION

Définissons d'abord nos termes en parlant d'un nombre de mots qui sont utilisés dans ce contexte. Tout d'abord, il y a la phrase nulle "Orthodoxe de naissance." Cela n'existe pas. Personne n'est "né Orthodoxe", nous sommes tous nés païens. C'est pour cela que nous exorcisons d'abord puis baptisons. Plus acceptables sont les termes, "né dans une famille Orthodoxe" et "Orthodoxe depuis le berceau". Il est intéressant de noter que les gens qui utilisent avec condescendance des termes comme "Orthodoxe de naissance" appellent les enfants des "convertis".. des "convertis". En fait, bien sûr, dans leur langage erroné, les enfants de "convertis" sont "Orthodoxes de naissance"!

Ensuite il y a le mot "converti." Lorsque des gens disent qu'ils sont convertis, je leur demande d'abord : "Convertis à quoi?" Au folklore grec? A l'alimentation russe? Au pharisianisme? A la nostalgie d'un Anglicanisme ou d'un Catholicisme-romain démodés? A un passe-temps intellectuel de syncrétisme?

Il est vrai, en un sens, que nous sommes tous, toujours, des convertis, parce que nous avons tous à constamment nous convertir au Christ. C'est le sens du Psaume 50. Le roi-prophète David aussi fut un converti, un "né de nouveau", après son grand péché. Hélas, le mot "converti" n'est en général pas utilisé dans ce sens spirituel mais dans un sens séculier. J'espère que quand les gens s'appellent eux-mêmes "convertis", ils veulent dire qu'ils sont convertis au Christianisme (qui est le mot correct pour Orthodoxie). J'espère aussi que quand ils disent qu'ils sont "convertis", cela signifie qu'ils ont été très récemment reçus dans l'Eglise. Hélas, je dois admettre que ce n'est pas toujours le cas. Les années passant, j'ai rencontré des gens qui étaient entrés dans l'Eglise Orthodoxe 10, 20, 30 ans auparavant voire plus, et qui étaient encore des "convertis" et même qui s'appelaient eux-mêmes "convertis". Et ceci même dans le cas de certains clercs, prématurément ordonnés.

Ca me dépasse, car cela signifie que même après des années comme membres "de nom" de l'Eglise Orthodoxe, ils ne sont pas encore devenus Chrétiens Orthodoxes, ils n'ont pas encore intégré l'Eglise, ils n'ont pas encore grandit naturellement dans l'Orthodoxie, et il ne mènent toujours pas un genre de vie Orthodoxe, ils n'ont pas encore acquis cet instinct d'Orthodoxie, qui signifie que l'Orthodoxie est leur unique demeure spirituelle, qu'elle est leur os et leur sang, qu'ils respirent l'Orthodoxie parce que leurs âmes sont Orthodoxes. Ils souffrent de l'affliction spirituelle de la "convertitis". Ils sont restés néophytes. Ils n'ont accompli que ce que le diable voulaient qu'ils accomplissent – être incomplets. C'est pourquoi les Russes, faisant un jeu de mot sur le mot russe "konvert", qui signifie une enveloppe, disent plutôt vrai en parlant de certains convertis : "le problème avec le 'konvert', c'est qu'il est soit souvent vide, ou souvent décollé."


Il peut y avoir bien des raisons à cet état de convertitis. Ce peuvent être des gens qui sont rentrés dans l'Eglise Orthodoxe et n'ont pas trouvé de paroisse où aller, au moins avec des Offices dans une langue qu'ils pourraient comprendre. Par exemple, j'ai rencontré des gens qui avaient été Orthodoxes depuis 40 ans mais n'avaient jamais participé à une Vigile Pascale dans leur propre langue! J'ai rencontré des gens qui étaient Orthodoxes depuis 5 ans et n'avaient jamais assisté à la moindre Vigile Pascale, parce que leur communauté Orthodoxe locale n'a que 10 Liturgies par an et uniquement des samedis matin! J'ai rencontré des gens qui étaient Orthodoxes depuis 60 ans et n'avaient jamais été à des Vêpres ou un Office de Vigile! En d'autres mots, de telles personnes n'ont jamais eu l'opportunité d'apprendre et de s'intégrer. Cependant, il y a malheureusement aussi d'autres raisons pour lesquelles des gens ne s'intègrent pas dans la vie de l'Eglise.

En principe, le clergé ne devrait recevoir quelqu'un au sein de l'Eglise Orthodoxe que pour des raisons positives. Le fait est qu'il y a des gens qui souhaitent rejoindre l'Eglise Orthodoxe pour des raisons négatives, par exemple par dégoût pour une dénomination ou un membre de son clergé. C'est de la psychologie, pas de la théologie, et en plus, pas très saine, ni très Chrétienne, comme psychologie.

Je me souviens comment dans les années 1970, celui qui est à présent l'évêque Kallistos me raconta comment un groupe de convertis lui avaient demandé d'écrire un livre dénonçant toutes les hérésies de l'Anglicanisme. Les convertis en question, et ils étaient en effet convertis, étaient bien entendu tous des ex-Anglicans! Ils n'avaient pas compris que leur motivation, à tous, provenait de leurs problèmes psychologique personnel, de leur réaction, qu'ils étaient occupés à masquer derrière leur zèle passionné. C'est fort justement que l'évêque Kallistos refusa d'écrire quelque chose de négatif. En tout cas, aucun Orthodoxe n'aurait acheté le bouquin, parce qu'il n'aurait pu être de quelqu'utilité que ce soit pour des néophytes ex-Anglicans. Ce fut un livre en moins à réduire en pâte.

Habituellement, un prêtre sait découvrir si les motivations de ceux qui souhaitent rejoindre l'Eglise Orthodoxe sont négatives rien qu'en attendant de voir si ces gens viennent aux Offices religieux. Habituellement, ces gens super-zélés qui aiment lire à propos de la Foi ou parler de la Foi dans des forum ou ailleurs, sont ces mêmes personnes qui font de l'absentéisme à l'église. Leur zèle se passe tout dans la tête ou dans leurs émotions, pas dans leur coeur et âme, et dès lors pas dans leur vie et leur pratique.

Ensuite, il y a ceux qui ont été attirés à l'Eglise par une découverte durant un voyage. J'appelle ces gens des "Orthodoxes de Vacances." Leur attirance n'est souvent pas vers le Christ, mais vers une culture étrangère et exotique – et au plus exotique, au mieux c'est. Menant une vie très monotone, l'Eglise Orthodoxe leur donne quelque chose pour rêver, habituellement leurs prochaines vacances en Crête ou quelque part du genre. A nouveau, un prêtre sait facilement découvrir si leur intérêt est sérieux en regardant s'ils viennent à l'église. En général, ils ne viennent pas, parce qu'ils ne sont pas en vacances! Hélas, certains d'entre eux ont été reçus dans l'Eglise par des prêtres manquant de discernement, dans leur lieu de villégiature, que ce soit en Roumanie, Russie, Grèce, Chypre, au Mont Athos ou ailleurs. Ne connaissant rien de la Foi Orthodoxe, ils se présentent sur le pas de votre porte et vous avez à leur expliquer que bien qu'ils soient membres de l'Eglise Orthodoxe, ils ne sont en réalité pas encore devenus Orthodoxes. Souvent, de toute manière, de telles personnes peuvent bien vous téléphoner, mais en général ne viendront jamais à un Office à l'église, parce qu'ils auront cessé de pratiquer avant de s'être préparés à venir à l'église.

Ensuite il y a ces gens qui viennent avec leur propre agenda, souvent des "je-sait-tout", qui ont lu tous les livres existant sous le soleil, mais n'ont pas encore la moindre idée de la lettre A de l'ABC Chrétien. Et ils arrivent avec leurs desiderata qu'ils souhaiteraient imposer! "Oui, je veux rejoindre l'Eglise Orthodoxe, mais à condition qu'elle aie d'abord été 'réformée' et 'modernisée'!" - "Oui, c'est bon ainsi, mais je voudrais qu'on rajoute quelques hymnes occidentaux avant le Canon!", ou "Je ne rejoindrai l'Eglise Orthodoxe que lorsqu'elle célébrera Pâque en même temps que ma tante Suzanne qui est Protestante!", ou "Tout est parfait sauf que vous utilisez beaucoup trop de cierges. Retirez ces cierges et je rejoindrai l'Eglise Orthodoxe." "Je ne deviendrai Orthodoxe que si vous avez une icône de St. François d'Assise!" "Je ne rejoindrai l'Eglise Orthodoxe qu'à condition que tout le monde y vote pour le parti politique XYZ et aille en vacances en Toscane!". Ce sont peut-être des exemples extrêmes, mais ce sont des exemples authentiques. Ce sont tous des exemples de manque d'humilité. Aucun prêtre ne devrait recevoir des gens pareils au sein de l'Eglise pour la simple raison qu'ils n'aiment pas et n'acceptent pas l'Eglise et Son Maître le Christ. Il n'y a qu'un seul critère pour entrer dans l'Eglise Orthodoxe, et c'est parce que vous êtes convaincus que c'est pour votre Salut personnel, pour votre survie spirituelle, parce que c'est la sainte Volonté de Dieu pour vous, parce que vous savez que c'est votre demeure spirituelle, et que quelqu'en soit le prix, vous ne pourrez jamais être rien d'autre.

Récemment, un prêtre qui avait reçu des gens dans l'Eglise au cours des 20 dernières années me raconta que la liste de gens qu'il avait reçu et qui avaient fait défection était plus longue que celle de ceux qu'il avait reçus et qui avaient persévéré. Ce prêtre est relativement prudent quand il s'agit de recevoir les gens, mais je connais 2 autres paroisses où la liste des défections est au moins 20 fois plus longue que celle des persévérants. Dans les 2 cas, je doit admettre que c'est la politique de la paroisse qui est à remettre en cause. Présentez-vous y et demandez, et vous serez automatiquement reçus dans l'Eglise dans les 2 semaines, sans la moindre instruction.

Mais pourquoi alors est-ce que des gens abandonnent la pratique de la Foi à laquelle ils ont choisit d'appartenir de leur plein gré? Si nous examinons cette question, peut-être pourrons-nous apprendre quelques leçons qui sont utiles pour nous et qui pourrons nous aider à rester un fidèle Orthodoxe.

Tout d'abord, nous devons nous examiner nous-mêmes. A quoi sommes-nous en fait attachés dans l'Eglise? Il y en a qui disent : "C'était si merveilleux à l'église aujourd'hui! Le chant était si beau, l'encens sentait si bon!" Des paroles pareilles me font penser qu'il est peu probable que cette personne revienne. De telles personnes semblent avoir un feu intérieur qui éclate dans un jaillissement d'enthousiasme et d'émotion. Mais comme tous les feux vifs, ils brûlent vite et ne laissent que des cendres froides. Cet attachement aux apparences et à l'exotisme est dangereux, parce que nous passons à côté de l'essentiel.

L'attachement aux apparences peut s'étendre aux vêtements, langues, nourriture et folklore étrangers. Je me souviens d'une paroisse russe en Belgique, on savait directement qui y étaient les convertis; les hommes portaient des barbes de paysans Russes du 19ème siècle, et les femmes portaient des longues jupes sans élégance et semblaient porter une nappe de table sur la tête. Vous saviez qui étaient les Russes parce qu'ils étaient habillés normalement. Dans une paroisse grecque ici, il y avait 2 prêtres, un Grec et un converti. Vous reconnaissiez directement qui était le convertit parce qu'il portait d'énormes robes à large manches et un énorme chapeau-cheminée sur sa tête. Le Grec ne portait qu'une tunique. Dans une autre paroisse russe, les Russes parlaient toujours de chanter, de Noël et de Pâques, mais les "convertis" (et c'est bien ce qu'ils étaient) parlaient de "psalmodier" et "La Nativité" et "Pascha." Un vrai Russe, né en Union Soviétique, me raconta un peu cruellement pourquoi il aimait le convertit de sa paroisse "parce qu'il me fait marrer avec tout son folklore." Le zèle non-éclairé est toujours ridicule. Le zèle doit être canalisé afin d'atteindre quelque chose de positif.

J'ai un ami Chypriote Grec, né et élevé à Londres, qui me raconta que son plat préféré était le steak et la tourte aux rognons, et que c'était la première chose qu'il mangeait à Pâques lorsque le jeûne était finit. Je lui ai demandé s'il mangeait parfois dans un restaurant grec. Il répondit : "Oh non, ça c'est juste bon pour les Anglais." Il me raconta aussi comment à Londres, dans les mariages entre Chypriotes, les invités avaient l'habitude d'attacher des billets de banque aux vêtements du nouveau couple, une sorte de cadeau de mariage. Lorsque pour la première fois il vit un mariage à Chypre, alors qu'il avait 25 ans, les gens là-bas ne firent pas cela. Pourquoi? Parce qu'ils avaient cessé de le faire dans les années 1960, considérant cela comme une sorte de coutume paysanne primitive. En d'autres termes, ils avaient cessé de le faire après que la plupart de leurs compatriotes Chypriotes Grecs avaient émigrés à Londres, mais ceux à Londres avaient conservé la vieille coutume des années 1950. Et voilà que les convertis veulent imiter cette coutume morte.

A cet égard, j'ai rencontré récemment un autre "convertit" qui venait de rentrer de vacances en Grèce, et en parlait avec beaucoup d'enthousiasme comme étant une "terre sainte" pleine de "saintes personnes," parce que "les Orthodoxes sont saints". Hé bien, je ne peux que supposer qu'il a dû passer tout son séjour dans d'excellents monastères – en passant, tous les monastères ne sont pas excellents. Je recommanderais à de telles personnes d'aller visiter les prisons grecques. Elles sont pleines d'Orthodoxes – des voleurs, des assassins, des violeurs, des proxénètes, des escrocs Orthodoxes. Vous pouvez le dire, ils sont tous Orthodoxes! Voyez-vous, la nature humaine est la même dans le monde entier.

Ce que je veux dire c'est que si nous nous attachons aux apparences, alors nous devrions d'abord nous demander à nous-mêmes : à quelles apparences sommes-nous donc attachés? Si nous ne faisons pas preuve de discernement, nous pourrons en effet avoir l'air fort bête. Toutes les apparences ne sont naturelles que si elles reflètent ce qui est en nous. Si le Christianisme Orthodoxe est en nous, alors nos apparences seront celles de tout Chrétien Orthodoxe. Nous gagnerions certainement à prendre l'habitude de visiter d'autres paroisses Orthodoxes, des pays où il y a beaucoup d'églises Orthodoxes, observant et analysant notre aspiration à l'authenticité. La pire des choses ce sont ces petites communautés de "convertis", refermées sur elles-mêmes, et qui ne voient jamais rien d'autre. Ils peuvent finir par avoir des pratiques qui n'existent nulle part ailleurs sur terre, et cependant penser être "plus Orthodoxes" que qui que ce soit d'autre! A nouveau, l'humilité est la solution pour guérir cette maladie, et l'humilité commence avec le réalisme, pas avec la fantaisie. Aucune spiritualité n'a jamais été fondée sur de la fantaisie. Sans une sobre humilité, il y a toujours l'illusion, qui est suivie par le découragement et la dépression. C'est la loi spirituelle.

Voir la réalité d'églises Orthodoxes est un excellent remède contre la maladie des fantaisies. Se rappeler que certaines Eglises Orthodoxes sont des Eglises d'Etat, et que bien d'autres ont des mentalités d'Eglise d'Etat. Une expérience qui donne à réfléchir, c'est la rencontre avec un certain nombre de ces diacres, prêtres et évêques qui se vantent de combien "ils gagnent" comme salaire, qui sont "hors service" à partir de 17h et les lundis et jeudis, et qui ne peuvent dès lors pas y célébrer de funérailles, qui disent qu'être dans le clergé c'est un bien meilleur boulot que ce qu'ils auraient autrement dû faire parce qu'ils n'étaient pas trop brillants à l'école et que l'alternative c'était être larbin dans une usine.. Mais c'est la réalité. Le contact avec cette réalité peut être de grand secours pour mettre un terme au zèle non-éclairé, aux ghettos de convertis, à tout ce que j'appelle "l'effet de serre". Cela ramène les gens les pieds sur terre, et cela leur rappelle que c'est là où il devrait se trouver, car notre religion est la religion de l'Incarnation. Ce que les autres pensent et font, ce ne sont pas nos affaires, notre tâche c'est le salut de notre propre âme.

A cet égard, une des principales raisons pour laquelle certains convertis ne cessent pas d'être des convertis et ne deviennent pas Orthodoxes, c'est parce qu'ils n'ont pas de travail. Le besoin de gagner votre pain quotidien, d'être avec d'autres personnes, est un excellent moyen pour que les gens commencent à vivre leur Foi (au lieu de juste y réfléchir). Ceci peut éviter ce qu'on appelle les tentations de la gauche et de la droite. Les tentations de gauche sont le laxisme, la faiblesse, le compromis, l'indifférence. Les tentations de droite sont : juger sévèrement les autres, le zèle méprisant du Pharisien, "le zèle non-éclairé." Ces tentations sont d'un danger équivalent et doivent être autant combattues les unes que les autres. Toutes amènent à un gaspillage d'une quantité énorme de temps et d'énergie dans des distractions telles que la discussion sur des problèmes sans intérêt genre l'oecuménisme, plutôt que de prier. Vivre dans la société est le moyen qui nous permet d'apprendre à nous connaître nous-mêmes, voir nos défauts et éviter de nous fourvoyer dans des problèmes théoriques.

Certains sont vraiment imbus d'eux-mêmes! Certains sont vraiment pleins de suffisance et se gonflent. D'abord – si vous le leur permettez – ils vont vous détailler l'histoire de leur vie, et ensuite ils vont vous raconter les derniers ragots à propos du prêtre X, de l'évêque Y, et ensuite de la juridiction Z. Et cela quand bien même ils ne connaîtraient pas l'ABC de la Foi d'un enfant. Cependant, le fait est que le Christianisme, et c'est ce dont nous parlons, ce n'est rien de tout cela. Si vous n'avez pas de contact avec la réalité, alors vous n'apprendrez jamais les choses réelles. La vie de l'Eglise n'a rien à voir avec toute cette absurdité. Il n'y a rien de plus ennuyeux que de discuter de la personnalité et des activités d'autrui, clergé ou laïc, sauf bien sûr du péché les concernant, car le péché est toujours ennuyeux, c'est toujours la même chose. Posez la question à quelqu'un qui écoute des confessions.

La vie d'Eglise, c'est : qui va faire le café? Qui va faire la vaisselle? Qui va s'occuper des fleurs? Qui va tondre la pelouse? Qui va préparer et cuire les prosphores? Qui va nettoyer les toilettes? Saint Nectaire accomplissait cette dernière tâche alors qu'il enseignait à Athènes, quand bien même il portait l'imposant titre de "métropolite de Pentapole". Alors comment pourrions-nous nous en plaindre? Après tout, c'est une des premières tâches confiées aux novices dans les monastères.

Bien entendu, ce ne sont pas les principales tâches dans la vie de l'Eglise. Continuons :

La vie d'Eglise, c'est : Qui va apprendre à chanter? Qui va venir à tous les Offices à l'église? Qui va respecter tous les jeûnes de l'Eglise? Qui va lire chaque jour ses prières matinales et vespérales? Qui va se préparer consciencieusement pour la confession et la Communion? Qui va lire tous les jours les lectures prévues de l'Evangile et de l'Epître? Et en fait, si vous voulez la réalité brute, qui choquera certains "convertis": La vie d'Eglise c'est aussi: qui paiera les factures? Oui, la vie d'Eglise, cela concerne l'engagement, la chose qui manque le plus dans notre culture actuelle, tiédasse et médiocre. Etre un Chrétien, et je vous le rappelle, c'est tout ce que le mot "Orthodoxe" signifie, c'est très difficile. Depuis le Christ, personne n'a jamais dit autre chose. Sans un engagement ferme, nous ne resterons jamais Orthodoxe. Etre Chrétien, c'est aimer Dieu et aimer son prochain. Si nous ne sommes pas préparés à ne fut-ce qu'à l'essayer et le mettre en pratique, alors ça n'ira jamais. Malheureusement, certains pensent qu'être un Chrétien Orthodoxe – je sais, c'est un raisonnement vide, un cercle vicieux – ça ne concerne pas l'amour de Dieu et de son prochain. Ils pensent qu'il s'agit de lire des bouquins, d'avoir des opinions, de condamner autrui, de manger de la nourriture étrange, d'être intolérant, ou de porter des vêtements bizarres. Notre Seigneur n'a jamais rien dit de tout cela. Il a dit : "Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres" (Jean 13,34). Le fait est que tous les Chrétiens étaient autrefois Chrétiens Orthodoxes, mais la plupart n'ont pas compris et ont chuté.

Le Christianisme Orthodoxe, ce n'est pas être reçu dans l'Eglise Orthodoxe et puis dire : "Ca y est, j'y suis arrivé." C'est entrer dans l'Arène, c'est se trouver sur la Croix. J'ai souvent entendu des Anglicans dire: "Je sais que l'Orthodoxie, c'est l'authentique, mais je n'y parviendrais jamais." Je suppose que cela a au moins le mérite de l'honnêteté. Je pense toujours à ces paroles de ce saint prêtre, Clément d'Alexandrie, au 3ème siècle: "Si l'homme n'est pas couronné par le martyre, veillez à ce qu'il ne soit pas loin de ceux qui le sont." La solution, c'est de lire l'Evangile selon saint Jean, d'avoir une règle de prière quotidienne. "Le Royaume des Cieux est pris par la force", dit l'Evangile.

La nostalgie se définit par un attachement au passé. Ce n'est pas Chrétien, quand bien même nous trouverions naturel et humain d'avoir de l'indulgence envers nous-mêmes de temps à autres. Le problème est que cela nous détourne de vivre dans la réalité du temps présent, ce que nous sommes supposés faire. Certains par exemple vous diront qu'ils ne peuvent pas rester Orthodoxes parce que cela signifie qu'ils ne pourraient plus faire ce qu'ils avaient l'habitude de faire – aller au bistrot les samedis soirs, ne plus manger de viande les dimanches durant les jeûnes. D'autres vous diront qu'ils trouvent non-hygiénique le fait d'embrasser des Icônes, des reliques, la main du prêtre (et même prendre la Communion) – ils n'ont jamais eu l'habitude de le faire. On se demande pourquoi de telles personnes se sont données la peine de venir ici.

Oui, je comprend les problèmes des mariages mixtes, les problèmes de régime alimentaire, le problème de rendre visite à des parents qui ne sont pas Orthodoxes, le problème des calendriers. Alors, voici deux choses. La première, l'Eglise n'est pas un bâton qui est là pour nous décourager. Mais souvent, les gens se fabriquent leur propre bâton pour se battre eux-mêmes. Si nous rendons visite à un parent durant une période de jeûne et qu'il nous offre de la nourriture non-carémique, l'Eglise ne nous dit pas d'être des bigots auto-satisfaits et de refuser. Elle nous dit d'être humbles. Certains disent : "je ne peux pas manger cela car je suis saint." Oh oui, nous avons tous entendu cela, si pas dans ces termes-là, au moins dans cet esprit. Si l'oncle Alfred de votre épouse est terriblement malade, cloué sur son lit d'hôpital et désespérément seul et que la seule solution pour lui rendre visite, c'est le dimanche matin, alors l'Eglise nous dit d'aller lui rendre visite. C'est mieux que de refuser d'emmener votre épouse parce que vous avez besoin de la voiture pour aller "à mon église" et puis avoir une querelle familiale. Le bon sens commun et le discernement dans nos choix sont essentiels.

En ce qui concerne les mariages mixtes, le discernement est vital. J'ai vu des "convertis" Orthodoxes harceler et harceler leur conjoint pour devenir membre de l'Eglise Orthodoxe. Le résultat est toujours négatif. D'un autre côté, j'ai vu des gens attendre patiemment, 10, 20 ou 30 ans durant, sans ne fut-ce que mentionner la possibilité d'entrer dans l'Eglise Orthodoxe, et pour finir, l'autre conjoint demandait spontanément à y entrer. C'est l'exemple de patience Chrétienne du conjoint qui avait convertit.

Dans les petites paroisses Anglaises de l'Eglise Orthodoxe, certains des problèmes d'isolement rencontrés par beaucoup qui se joignent à l'Eglise Orthodoxe ont été résolus, au moins en partie. Si vous allez dans ce que j'appelle des "paroisses d'Eglise d'Etat", vous ne trouverez pas souvent du café ou du thé après l'Office, ou quelqu'un avec qui parler. Inversement, la plupart des paroisses anglaises ont une salle paroissiale. Là, après la Liturgie ou un Office de semaine, les Orthodoxes isolés, de quelqu'origine que ce soit, peuvent se rencontrer. Une personne venue chez nous, provenant d'Europe Orientale, voyant cela, dit : "Ici, c'est comme dans l'Eglise Ancienne". Bien sûr, elle ne voulait pas dire que nous étions "saints" ou quelque chose du genre, mais elle voulait dire que dans notre communauté, nous étions proches, nous nous connaissions les uns les autres.

Et ceci ne veut en rien dire qu'ici c'est "mieux" qu'en Europe Orientale; c'est simplement que nous avons à former une communauté, avec une salle paroissiale, avec café et thé, parce que sinon nous ne pouvons pas survivre en tant que petit groupe minoritaire confessant des valeurs spirituelles dans le grand désert spirituel de la Grande-Bretagne moderne [- ou quelqu'autre pays d'Occident; note du traducteur]. C'est notre survie, c'est notre famille et communauté de substitution dans la société actuelle, fragmentée, individualiste, consumériste et sans vie relationnelle. Ce n'est pas nécessaire dans certaines parties de l'Europe Orientale, parce que tout le monde y est Orthodoxe, donc la communauté Orthodoxe est tout autour de vous. Mais ici ce n'est plus le cas.

A présent, j'aborderai un problème très particulier qui concerne spécialement l'Anglais contemporain, et en particulier, le caractère Anglican. La culture Protestante ambiante en Grande-Bretagne pour au moins les 6 dernières générations a rendu les gens très "coincés" et réservés, ce qui est en réalité une forme d'orgueil. Pour nombreux Anglais, il est très difficile d'aborder la Confession, un important Sacrement dans l'Eglise Orthodoxe. C'est pourquoi dans des cultures Protestantes un peu moins coincées, comme dans ces Etats-Unis imprégnés de culture de l'introspection, bien que les gens n'aillent pas se confesser, ils vont chez leur psychothérapeute. Là, ils peuvent tout dire, et puisqu'ils paient, ils peuvent s'y entendre dire qu'ils sont des gens bien comme il faut. La confession est différente de cela. C'est une question délicate, et je pense qu'il est bon de parler de vos réserves avec un prêtre en dehors de la confession avant même d'aller en confession. Apprenez d'abord à vous connaître mutuellement.

Voici un certain nombre de choses à comprendre: Premièrement, aucune confession n'est faite à un prêtre. C'est à Dieu, en présence d'un prêtre, qui est supposé essayer de donner quelques conseils judicieux. La plupart des prêtres n'auront aucune objection à ce que vous vous confessiez auprès d'un autre prêtre, hors de votre propre paroisse. Certains se réjouiront même que vous le fassiez! Trouvez le bon confesseur, qui vous convienne. S'il vit fort loin, donnez-lui votre confession par téléphone, courrier électronique ou lettre. Il vous répondra et ensuite vous irez chercher l'absolution auprès de votre prêtre local qui est au courant de cet arrangement. C'est la solution utilisée par les épouses et enfants des prêtres. Elle pourrait l'être par vous.

Pour finir, comme je l'ai déjà dit, il n'y a rien de plus ennuyeux que le péché. Je suis toujours surpris lorsque des gens viennent en confession et s'attendent à ce que je me souvienne de leur dernière confession. J'oublie toujours les choses ennuyeuses. Un des meilleurs pères confesseurs que j'aie jamais rencontré était presque totalement sourd. Après avoir dit ma partie, dont il n'avait quasiment rien entendu, il me donnait quelques uns des meilleurs conseils que je n'aie jamais reçus.

Il est inévitable que vous ne vous entendrez pas toujours avec tout le monde dans votre paroisse. Ainsi en est-il de la nature humaine. Mais ce n'est pas une raison pour vous en aller, claquant la porte, et ne restant pas Orthodoxe. Peut-être passez-vous trop de temps à l'église en dehors des Offices? Oui, nous prenons une tasse de café ou de thé après l'Office, mais vous n'êtes pas obligé de rester. Certains des meilleurs Orthodoxes ne restent pas! Peut-être que vos relations sont-elles trop proches avec les autres paroissiens? Est-ce que ces personnes-là ne sont pas dans la même situation? Si vous n'avez pas de centres d'intérêt communs, autres qu'avoir une Foi commune, pourquoi passer tant de temps avec eux? Passer trop de temps avec des gens avec qui vous avez si peu en commun en termes de caractère et de goûts est une bonne recette pour les conflits.

Après tout, vous n'êtes pas marié avec eux. Et il en est de même concernant votre relation avec le prêtre. Vous pouvez avoir quelque chose en commun en matière de personnalité. Mais peut-être pas. Peut-être ne le trouverez vous "pas assez monastique" ou peut-être le trouverez-vous trop "libéral" [laxiste, moderniste, ndt], ou peut-être tout simplement profondément ennuyeux. Bon, d'accord, mais aller à l'église n'a rien à voir avec une étroite amitié avec le prêtre et acheter les mêmes céréales pour petit-déjeuner que lui. Franchement, si vous savez ce qu'il mange au petit-déjeuner, alors vous le connaissez un peu trop bien.

Un autre domaine de conflits dans la vie paroissiale ce sont les assemblées et conseils paroissiaux. Dans la plupart des paroisses Orthodoxes, ils ont lieu une fois par an, après la Liturgie dominicale, durant le Grand Carême. Et cependant, j'ai entendu de certains groupes de convertis qu'ils se réunissent sans cesse, une fois par mois voire plus, discutant toujours des mêmes vieux trucs. C'est quelque chose qui vient de l'Anglicanisme, pas d'une pratique Orthodoxe. Franchement, cette sorte de vie est "presqu'incestueuse", beaucoup trop de proximité pour être à l'aise. La discussion de détails pointilleux n'est pas seulement ennuyeuse, mais c'est aussi une perte de temps. Pire encore, certains s'y impliquent de manière passionnée et s'attachent aux détails. Je me souviendrai toujours d'une personne, professeur d'Université, dans une réunion paroissiale il y a quelque 25 ans d'ici, qui déclara que si on repeignait le plafond de l'église en bleu, il n'y remettrait plus jamais les pieds. En fait, il ne l'a pas fait. Il est mort peu après.

Que retiendrez-vous de cet exposé? J'espère les points suivants:


Nous rentrons dans l'Eglise et nous restons dans l'Eglise afin de sauver nos âmes, et rien d'autre. L'Eglise n'est pas un loisir, un jeu, un intérêt privé, un prétexte, ou même une communauté. C'est le Salut de nos âmes. Nous y réussissons en étant d'abord nous-mêmes et ensuite en étant le meilleur de nous-mêmes. S'il y a quoique ce soit d'autre, tout cela est secondaire. Nous ne devons jamais perdre cela de vue. Si nous le faisons, alors nous nous trompons et nous sommes sur la voie pour quitter l'Eglise.

Afin de sauver nos âmes, nous devons d'abord nous connaître nous-mêmes, recherchant et découvrant nos propres fautes, péchés et défauts. Ensuite, nous devons les prendre à bras le corps et les combattre, mais progressivement et en douceur, et commencer à les dompter, et ne jamais laisser tomber ce combat. Nous saurons que nous ne sommes pas occupés à cela à chaque fois que nous commencerons à nous occuper des fautes des autres. Si notre fierté personnelle est blessée au cours de la vie ecclésiale, Dieu merci. C'est pour ça que nous y sommes, pour devenir humble.

Je vous remercie pour votre attention.